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La Nation: le veau d'or du XIXe et du XXe siècle

L'Occident a gardé la terreur de la théocratie, et à raison: car le XIXème siècle anticlérical a accouché de cultes nationaux. Chaque pays érigea une nouvelle religion avec un Dieu: la Nation et une Eglise: l'Etat, tous deux les maîtres absolus de l'esprit et du corps du citoyen. Comme la religion d'antan, elle créa un système éducatif qui devait enseigner aux enfants les valeurs "républicaines" (françaises) ou de la "nouvelle civilisation" (germanique) en éradiquant les "hérésies" (catholiques). Ce système éducatif avait un "catéchisme", basé en grande partie sur les "vies de Saints" (en France Clovis et le vase de Soisson, Charlemagne à la barbe fleurie, François Ier à Marignan, Jules Ferry fondateur des écoles), ainsi que des martyrs (Jeanne d'Arc, les bourgeois de Calais, Henri IV). Enfin, le Pape de la Nation était le Président, le Roi ou l'Empereur, auquel le citoyen devait obéissance et, si nécessaire, le sacrifice de sa vie.

La Nation, ou la Patrie, avait ses édifices sacrés (à Paris le Panthéon, les Invalides, l'Arc de Triomphe, en Allemagne la Porte de Brandebourg), ses hymnes (nationaux), sa liturgie (les fêtes nationales et les défilés) même ses "autels" (à Rome) ainsi que ses monuments aux martyrs dans tous les villages (les combattants morts pour la patrie) et, au lieu de la Croix, le drapeau. A la place du crucifix dans les édifices publics, la photo du Président ou du souverain. Elle avait aussi ses sermons (les discours du Président ou des préfets, sous-préfets, etc.). Elle avait ses missionnaires chargés de diffuser la foi (les troupes coloniales).

Enfin, faute d'excommunication, le citoyen qui désobéissait à déesse Nation était condamné à la fusillade ou la guillotine (l'enfer de la mort éternelle) ou à la déportation au bagne (le purgatoire). La religion d'Etat avait aussi ses "dogmes", sous forme d'une "science" qui prônait l'eugénisme et la supériorité de sa race sur celle des voisins.

La religion d'Etat avait surtout une caractéristique plus exacerbée même que celles qui l'avaient précédée: l'intolérance vis-à-vis des incroyants et la haine vis-à-vis des autres religions. Dans les pires heures du christianisme, l'Europe a été divisée en trois camps antagonistes. Au début du XXème siècle, il y avait en Europe autant de sectes nationalistes qu'il y avait d'Etats.

Il est beau le résultat: les dizaines de millions de morts de deux guerres mondiales, la destruction de deux générations et le suicide collectif de l'Europe, et tout de suite après, la menace de l'holocauste nuclaire.

Ce qui est ironique, c'est que ce nouveau culte qui se voyait comme un progrès de l'humanité, n'était pas un pas en avant. En fait, c'était un retour au culte de l'Etat tel qu'il était pratiqué jadis à Sparte ou Rome, avec des réminiscences des paganismes germaniques en Allemagne et en Angleterre, et lorsque se présentaient des dictateurs, le culte divin de l'Empereur tel qu'il était pratiqué avec Alexandre le Grand et avant lui, les souverains de la Perse. Le tout enrobé dans la République de Platon. Et toujours, les aigles des légions romaines -- et avec les Nazis, une athmosphère de transe collective qui rappelle les sacrifices humains de Carthage.

Idolâtrie païenne donc, qui adore un Dieu de matière. La Bible cite pourtant la fable du veau d'or, les Romains se sont horrifiés devant le culte de Baal Moloch, les Musulmans et les iconoclastes ont voulu en finir avec l'adoration des idoles. Il a fallu que des Etats soi-disant modernes replongent l'humanité dans ces ténêbres d'un autre âge?

Qu'on se s'y trompe pas: Voltaire aurait ridiculisé la France impériale de Napoléon Ier et aurait même vitriolé les excès de la IIIème République. Goethe et Beethoven auraient sans doute critiqué l'Allemagne de Bismarck et auraient fui le nazisme.

On a beau chercher, on ne voit pas en quoi ces cultes païens ont à voir avec les Lumières, la démocratie et le progrès de l'humanité en général. Il faut vraiment que l'enseignement scolaire ait été mal orienté pour qu'une pareille supercherie nous ait échappé.

  Vendredi 26 Mai 06 23:42:47, par admin   , 727 mots, Catégories: Religion, Europe ,

1 commentaire

Commentaire de: Marguerite Tissot
Marguerite Tissot

Excellente analyse de la religilon d’Etat qui permet de mieux comprendre comment le Département de l’Instruction publique à Genève est devenu une forteresse où règne la pensée unique. Elle n’est jamais remise en question, les réformes succèdent aux réformes bien que les résultats ne s’améliorent pas, tout au contraire.

Samedi 17 Juin 06 @ 23:01