« Mouvements de progrès et défenseurs rétrogradesLa lutte des hommes terrifiés »

Le Capitole est proche de la roche Tarpéienne

Le bon sens voudrait qu’un État qui sort tout juste de la crise tâche de se faire des amis de ses voisins. Abuser de sa force relative, dans ces conditions, a toujours été une grave erreur politique, parce que c’est une vision à courte vue: des voisins initialement pacifiques sont transformés en ennemis mortels et, parce qu’ils sont unis par cette oppression, finissent généralement par avoir gain de cause. Rome fut mise à sac par des Goths qui avaient naguère été des réfugiés en déroute. Constantinople comprit trop tard, en 1204, ses tragiques erreurs commises jadis en Italie, lorsqu’elle fut trop faible pour se défendre contre les Génois et les Vénitiens.

Aujourd’hui, utiliser l’armée ou le chantage économique pour atteindre des objectifs politiques est monnaie courant, mais cela n’en est pas moins un jeu dangereux. Dans une économie globalisée, un État a en effet toujours besoin de quelqu’un d’autre, même plus petit que soi. De plus, un retournement de situation technologique ou autre peut faire que le fort devienne tout d’un coup faible. Dans ce cas celui qui était fort naguère, ne reçoit aucune pitié… alors qu’il en a bien besoin.

La Russie fait peur aujourd’hui et, sur le plan politique, il y a des raisons valables à cela. Mais d’un autre côté elle est très seule face à ses voisins. Du coup, le jeu dans lequel son gouvernement s’est engagé se transforme petit à petit une fuite en avant, une voie sans issue. Dans les années 1930, c’était le prestige du communisme, plus que ses armées qui étaient sa la force. Aujourd’hui, elle ne peut compter que sur ses armes économiques et militaires, car ses voisins ne considèrent plus son système politique comme un modèle, mais au contraire le repoussoir de tout ce qu’ils ne veulent plus être. Si les Européens ont du ressentiment vis-à-vis du gouvernement des États-Unis (en dépit de leur quasi-obligation de rester diplomatiques), celui de Moscou a créé un ressentiment profond qui passe désormais par la critique ouverte. Alors, quelle joie y a-t-il pour des dirigeants d’être universellement haïs, voire méprisés? Cela n’annonce hélas rien de bon pour l’avenir.

De plus, les armées russes stationnées en Moldavie en Ukraine ou dans le Caucase, qui sont aujourd’hui des forces d’occupation, portent aussi un risque en retour: dans ce contexte, elles pourraient se transformer en otages impuissants ou encore en armes dirigées contre la mère patrie. Au-delà du ressentiment, la Russie devrait aussi susciter la compassion, car en misant tout sur l’agressivité en politique extérieure, son gouvernement a pris une voie sans retour: un échec sonore en politique extérieure le plongerait dans le chaos à cause de l’explosion de ses propres tensions internes. Si cela se produisait - et si l’Europe parvenait à échapper aux troubles qui en résulteraient - alors il faudrait l’aider à se reconstruire. Mais le prix à payer serait élevé, notamment sur le plan humain. Si on pouvait faire en sorte d’éviter un désastre, ce serait mieux.

  Mercredi 05 Mars 08 15:08:53, par admin   , 525 mots, Catégories: Géostratégie ,

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