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Le droit de conquête dans l'idéologie d'Etat russe

Ce qui est vraiment frappant, dans l’idéologie d’Etat russe, telle qu’elle est appliquée par exemple dans le cas de la Moldavie ou des Îles Kouriles (voir article de la BBC d’aujourd’hui), c’est son concept de la légitimité : essentiellement, elle considère comme acquis légitimement tout territoire qu’elle a envahi par la force des armes. C’est ce qu’on appelle le droit de conquête. Ce n’est que par le droit de conquête que la Russie justifie sa présence dans sa “sphère d’influence".

Il y a quelque chose de profondément archaïque dans cette conception cruelle, une pensée venue au-delà de l’Antiquité depuis la préhistoire – qui n’est autre que la doctrine des Mongols et des Ottomans et avant eux des Romains et de tant d’autres : est à moi ce dont je peux me saisir par la force. Certes cette conception a existé en Europe à l’époque coloniale et, se fondant des théories pseudo-scientifiques de darwinisme social elle a justifié les fascismes. Mais elle avait été auparavant considérée avec circonspection par des philosophes des Lumières comme Montesquieu, puis ensuite condamnée sans détour par Rousseau, Kant et bien d’autres.

Elle a aussi été un des fondements de la doctrine soviétique, cette fois justifiée par une idée de “révolution” universelle qui aurait été portée par une Russie rédemptrice. Cette notion là avait au moins eu le mérite de vouloir sublimer ce principe de conquête, ou du moins, de le cacher élégamment sous un vernis de civilisation. Les communistes n’en furent pas moins, techniquement, des sauterelles dévorant le produit de la terre des autres.

Quant à la doctrine de ceux qui gouvernent le pays, aujourd’hui dépouillée de tout fard et ayant rejeté même l’influence tempérante du christianisme des souverains d’Orient, elles n’est plus que l’ancestral et impudique appétit d’asservir autrui et de s’emparer de ses richesses. Pauvre Russie, à nouveau opprimée par une tyrannie rudimentaire à côté de laquelle des tsars du XIXe siècle ont fait figure de précurseurs infiniment plus modernes. Car la vraie force et le courage authentique se trouvent dans l’usage de la raison créatrice et dans la sagesse de l’action.

Quant à ceux qui se pavanent en montrant qu’ils sont les plus vigoureux, les meilleurs à la lutte… On faisait ainsi à l’époque où toute la steppe était encore peuplée de nomades, mais cela ne convient plus dans une société urbanisée. Il fut récemment un homme à l’ancienne, un dictateur italien que l’on voyait partout en photo ou en film, un être ô combien empli de sa puissante apparence matérielle. L’image qu’il convient de garder de lui, ce n’est pas celle là, mais celle de l’homme vaincu et brisé au début de l’année 1945, amaigri, rongé par le doute et le désespoir, le cadavre itinérant qu’il fut au cours des derniers mois de sa vie. Et aussi l’image atroce de sa dépouille mutilée, réduite en pièces au cours d’une cérémonie purificatrice bestiale, par une foule prise d’hystérie.

Celui qui s’est paré d’une aura de force agressive et de ruse chafouine, qui a fait mine de mépriser la douceur et la compassion, celui-là a éveillé des fureurs insoupçonnables dans son propre peuple, qui l’ont emporté comme un immense glissement de terrain. Alors c’est à lui que des individus ayant perdu toute trace d’humanité ont pu un jour asséner cette maxime romaine dont les syllabes sinistres emplissent d’épouvante les puissants tombés en disgrâce: VAE VICTIS! Malheur aux vaincus!

  Mardi 02 Novembre 10 10:43:49, par admin   , 613 mots, Catégories: Géostratégie ,

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