« Réorganiser la société: il faut ouvrir le débatMieux que les monopoles: la perversion du droit positif »

Le nouveau défi de l'homme

Une grande partie de l?histoire de l?homme a été consacrée à vaincre les éléments. Jusqu?au XXème siècle, les ennemis de l?homme ont été la maladie, le froid, la malnutrition, les morts accidentelles, l?analphabétisme. Les civilisations, si la paix le leur permet, se battent collectivement contre ces maux. C?est ce qu?on appelle le « progrès », et lorsque les maladies ont été vaincues, l?espérance de vie a augmenté, lorsque presque tout le monde sait lire? alors ? Alors le monde est devenu d?autant meilleur mais le bonheur n?a pas été atteint.

Aujourd?hui, les joies promises dans l?au-delà sont accessibles dans ce monde. La cocagne, la table pleine, la découverte des terres promises, tout est là, mais passée la joie de la découverte, s?installent une fatigue et un ennui qui ruinent tout. Tout est au culte des possessions matérielles. Doit-on s?en plaindre ? La société de consommation n?est-elle pas la concrétisation de cette promesse ? Nous sommes au paradis, mais l?Homme n?est pas heureux. La dépression nerveuse, la drogue, la criminalité, les divorces, les familles monoparentales, le désespoir. Chaque jour, des hommes réduits à l?état de bêtes sauvages se livrent à des cruautés inouïes, qu?on n?avait jamais vues depuis les Gengis Khan et les Tamerlan. Jamais l?aide sociale n?a été aussi riche et largement distribuée. Jamais les sans-abri n?ont été aussi protégés et bien nourris, mais jamais ils n?ont été aussi misérables !

Peut-être que le mal qui ronge notre société doit être attribué en partie à ce « spleen » de l?être intelligent qui a atteint un plateau de civilisation, mais s?est rendu compte que la marche n?est pas finie. Au contraire, la fin des besoins matériels révèle crûment un vide moral. Les idéologies politiques patinent et s?effritent, car elles pensaient, comme les religions, que le bonheur matériel suffirait à rendre tout le monde heureux et meilleur. La pauvreté et la misère sont deux choses profondément différentes. Le communisme a échoué, peut-être parce qu?il contenait des fautes de raisonnement et parce qu?il fut mal géré, mais sûrement parce que son but était une chimère ? le bonheur des peuples par l?abondance. La social-démocratie vaut bien mieux, et elle est inspirée par des principes plus élevés. Mais elle échoue là où elle pense qu?en distribuant de l?argent et des biens, on rend les gens plus heureux.

C?est que l?aide matérielle est efficace là où l?être humain risque de périr : là où la faim, la maladie, les guerres, les conditions dangereuses ou l?illettrisme risquent de l?emporter. C?est la contribution moralement nécessaire à la survie. Au-delà elle se heurte à une barrière apparemment infranchissable ; l?assistance sociale échoue, jour après jour, sans comprendre. Dans les classes en marge de la société la colère monte, les banlieues se déchaînent ; mais ce n?est pas la pauvreté ou la maladie, car aujourd?hui on ne meurt plus de faim en Occident. C?est l?injustice.

Mon propos n?est pas de me livrer à un bondieutisme qui voudrait affirmer qu?on a perdu les bonnes valeurs d?antan. Bien au contraire : un point a été atteint, un niveau de civilisation a été construit, un cycle est terminé. L?Homme est face à un défi bien plus sérieux, une aventure qui lui demandera sans doute plus de courage. Les philosophes nous ont appris à croire en la bonté de l?Homme, au fait qu?il est doué de conscience et qu?il a une dignité, des droits et une liberté. La démocratie repose sur ce socle ; sinon, dites-le moi, à quoi servirait-elle ?

Il y a un prochain plateau à atteindre, celui que les philosophes nous ont indiqué il y déjà des siècles : les droits de l?homme. Il suffit de les parcourir la Déclaration de 1948 : (?) sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. C?est très loin d?être une réalité. Pas de théories politiques, pas de solutions miracle : les gens demandent seulement une vraie justice, indépendante, qui tienne compte de l?intérêt général et de la situation de chacun, qui puisse redresser les torts avec des vraies investigations impartiales. La fin des discriminations, de la brutalité et de l?exclusion morale. On cherche encore un gouvernement qui travaille dans l?intérêt de tous ; le droit de participer à la vie de son pays ; une économie libre et populaire, qui ne soit plus aux mains de groupes tous-puissants qui violent les lois du marché. On demande, tout simplement, que l?être humain, ici, en Occident, ait le droit de parler, de vivre, de disposer de son propre corps et de son esprit.

Mais ce ne sera pas la dernière frontière : au-delà, l?Homme doit retrouver un espace pour s?épanouir, pour se reconquérir lui-même.

(Rédigé en décembre 2005)

  Lundi 28 Décembre 09 16:49:03, par admin   , 895 mots, Catégories: Société, Droits de l'homme ,

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