« Liberté ou sécurité, il faut choisirNéo-romains »

Le monde néo-romain et la Question d'Orient

Notre monde, que faute de mieux je tente d'appeler néo-romain (plutôt qu'européen), possède deux noyaux:

  • l'un latin, originellement centré sur l'Italie (Rome), avec sa sphère d'influence qui s'étend principalement sur les peuples germains et scandinaves.
  • l'autre grec, originellement centré sur la Grèce et sur Constantinople, avec sa sphère d'influence aujourd'hui principalement slave.

Il y a un troisième noyau historique, qui est celui qu'on pourrait appeler levantin: originaire de la Méditerranée orientale (Petit Larousse). Ce terme vieilli mérite qu'on le remette à la mode, car il est peut-être plus précis que tous les autres.

La civilisation "levantine", qui s'étend souvent au-delà jusqu'à la Mésopotamie, l'Arabie et l'Iran, est celle des Egyptiens, des Assyriens, des Perses, des Phéniciens, puis des Arabes et des Turcs. Ce n'est pas une unité raciale, ni linguistique, mais il y a une sorte de continuité, ces civilisations se mêlant et s'acceptant mutuellement (même si c'est au prix d'épisodes sanglants), comme s'il y avait une chimie. C'est un des représentant de ce groupe de civilisations qui a colonisé la Méditerranée occidentale dans l'Antiquité avec Carthage, au point que la mer "Tyrrhénienne" était devenue un de leurs monopoles. L'opposition de Rome à Carthage est un exemple de cette sorte d'incompatibilité entre le monde romain et levantin, comme celle qui sépare l'huile du jaune d'oeuf.

En fait, ce monde qui est le nôtre est antérieur à l'Empire romain. Avec l'invasion perse, les cités grecques d'Asie mineure sont occupées par la force. On voit un flux dans l'autre sens avec Alexandre le Grand et la conquête de l'Asie proche. Le monde grec et le monde levantin s'opposent mais peuvent, sous certaines conditions, se fondre: la civilisation hellénistique d'Asie l'a montré. Mais la "mayonnaise" n'a pas pris fortement. L'expansion romaine de l'Antiquité s'est arrêtée face à la dureté de l'opposition des Parthes. De même que l'expansion des Byzantins -- et lorsqu'enfin le Levant semble se rendre au monde romain, voilà que par un soubresaut incroyable, il se jette corps et âme, presque hypnotiquement, dans les bras des remarquables envahisseurs arabes.

Ces trois mondes, Romain d'Occident, Romain d'Orient et Levantin se chevauchent dans certaines zones. Toute la côte méditerranéenne qui va du Liban à la frontière orientale de l'Egypte est un exemple de territoire que ces trois mondes ont revendiqué tour à tour.

Ceux qui n'observent que le présent ou le passé proche ne voient que l'opposition entre religions catholique, orthodoxe et musulmane. C'est un raisonnement à courte vue. A l'échelle des grands mouvements, ces religions sont récentes. En réalité, elle sont le produit de chacune de ces trois civilisations -- il est d'ailleurs très intéressant qu'elles naissent toutes de l'emprunt au monothéisme judaïque. Ce sont trois compositions d'une extraordinaire richesse, sur le même thème. Evidemment, chacune des trois se considérant comme l'unique vraie, on a eu là un obstacle de taille à la compréhension mutuelle. Néanmoins, ces religions ne sont pas fondamentales à ces trois civilisations: car les civilisations ont existé avant les religions; elles continueront à exister même si, à Dieu ne plaise, les religions disparaissaient. C'est hélas déjà bien le cas en Europe occidentale.

Or l'Europe, c'est assurément la romanité occidentale; dans une moindre mesure, mais tout de même certaine, la romanité orientale; cependant, ce n'est cependant pas le Levant. Les Egyptiens, les Arabes ne sentent pas européens.

Cette coexistence, c'est la fameuse "Question d'Orient", qui se pose et se repose au cours de l'Histoire.

  Jeudi 02 Juin 05 23:53:43, par laurent   , 609 mots, Catégories: Culture et savoirs, Europe ,

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