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Les cités-États européennes et la fiction d'Athènes

Les histoires nationales nous racontent en détail les généalogies des souverains de chaque pays. Par contre, sauf en Italie, elles occultent souvent le passé des cités-États du continent. Ces villes sont les descendantes directes des sociétés “barbares” germaniques. L’idée d’un héritage romain et des cités grecques a émergé seulement à partir du XIIIe siècle, grâce à la redécouverte de l’Antiquité; c’est dire que c’est une justification a posteriori.

Les communes italiennes, les villes allemandes de la Hanse, les villes françaises et espagnoles, toutes ont porté bien haut l’étendard de la liberté.
Elles n’ont cédé leurs prérogatives qu’en 1500, au moment où les monarchies absolues ont commencé à naître… ces régimes autocratiques qui, en très peu de temps ont été balayés sur tout l’Ouest du continent.

De la même façon les histoires nationales veulent nous faire croire que l’éducation est née avec Jules Ferry et l’école laïque, elles veulent nous faire croire que c’est la Révolution de 1789 ou celles du XIXe qui ont inventé la liberté et que rien n’avait existé auparavant, mis à part Athènes. Rien n’est plus faux. Si nous avons des États de droit en Europe c’est, que dans ce petit coin d’Occident, la liberté est inscrite dans chaque pore de notre peau, depuis la nuit des âges barbares. La liberté et l’auto-gouvernement sont des caractéristiques de notre patrimoine barbare. La Magna Carta anglaise n’est pas un épisode isolé, c’est la norme à cette époque, dans toute l’Europe; la Castille et l’Aragon devaient faire les comptes avec les Cort(e)s et la France avec les Parlements. En France, c’est Louis XIII et Louis XIV qui furent des anomalies, tout comme Napoléon et en Espagne ce furent Ferdinand et Isabelle. Ces rois et ces Empereurs qui tentèrent d’établir des États autocratiques. La chance de l’Angleterre est d’avoir échappé à cette “romanisation"-là, sans doute à cause de son éloignement de Rome.

En réalité, si les Européens de l’Occident ce sont dits les héritiers de Rome (républicaine et non impériale), c’est par un choix conscient qui date de la fin du Moyen-Âge. C’est très juste; nous pouvons nous considérer comme des citoyens romains, si nous le souhaitons. Il n’en reste pas moins que notre société ne descend pas de celle de Rome. Nous n’avons fait que l’adopter, comme les Germains ont adopté l’Empire romain à partir de l’an 800.

Notre descendance romaine et grecque doit donc être vue comme ce qu’elle est: un consensus social, qui n’a aucun autre fondement qu’un accord collectif. Elle n’est pas inscrite dans la nature. Une décision qui a aussi eu des désavantages en termes de libertés, parce qu’en invoquant aussi l’Empire romain, elle a aussi remis en vigueur des modèles (la supériorité de l’aristocratie, le culte de la force militaire, l’esclavage et le colonialisme), que nous aurions mieux fait de ne jamais exhumer.

Par réaction, nous nous sommes accrochés à la Grèce et à Athènes. Certes, sa quête archaïque de la démocratie fait résonner une corde sensible chez les Européens et certes, elle mérite d’être admirée, étudiée, et enseignée. Mais cessons avec cette fiction qu’elle fut notre ancêtre, car c’est se tromper: les fondateurs de Venise et de toutes les autres cités-États du Haut Moyen-Âge occidental n’en avaient pas entendu parler et si c’est le cas, ont peut vraiment douter qu’ils s’en soient inspirés. La réalité prosaïque est que les structures rurales germaniques ont tout simplement évolué naturellement vers des structures urbaines, en gardant des caractères parfaitement reconnaissables. Les assemblées urbaines étaient essentiellement les mêmes qui avaient existé dans les villages chez les Lombards, les Francs et les autres peuples.

Nous les Européens, sommes des barbares qui ont ressuscité des moeurs gréco-romaines. Si nous sommes Romains, c’est parce que nous le sommes véritablement devenus, lorsque collectivement nous avons abordé l’âge adulte en tant que civilisation, lorsque nous sous sommes urbanisés, lorsque les universités ont été fondées, huit-cent ans après que l’Empire d’Occident se soit effondré. Un peu comme des jeunes gens qui fouillent un grenier qui recèle des trésors. Mais nous ne sommes pas Romains socialement, car il ne restait presque plus rien de la société romaine en Occident: tout avait été refondu, reconstruit à partir de la matrice barbare. Et les Occidentaux de l’époque en étaient bien conscients: Romains désignait les Grecs jusqu’au XVe siècle, Romanie a désigné le Sud-Est européen (les “Balkans") et ce jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Admettons-le: nous ne sommes que des enfants adoptifs de Rome et de la Grèce.

  Vendredi 25 Avril 08 11:00:01, par admin   , 819 mots, Catégories: English ,

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