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Le chercheur, l'Université et le politicien (ou le bon, la brute et le truant)

Un des grands problèmes des sciences humaines est celui du financement. L’argent est rare. Or, en Europe, ce dernier vient des fonds publics et donc de décisions politiques. Malheureusement, il en va de l’argent des contribuables comme des subventions privées: ils sont trop souvent alloués en fonction d’intérêts privés (de pouvoir et d’argent) plutôt que publics, avec l’hypocrisie en plus. C’est ce que les chercheurs appellent la “politique". A’ l’image du scientifique obligeant, payé par l’industrie du tabac ou pharmaceutique, chargé de “prouver” qu’un produit ne crée pas de danger (alors qu’il est le premier à en connaître les effets secondaires), la sujétion du chercheur en sciences humaines à la classe politique implique aussi des compromis scientifiques.

Or, qu’est-ce qui peut intéresser à première vue un politicien dans les sciences humaines? On peut imaginer beaucoup de choses, mais malheureusement il n’y en a qu’une qui domine: renforcer le pouvoir d’un groupe sur la population et son influence sur les pays voisins. C’est ainsi qu’on voit les recherches psychologiques américaines sur les méthodes d’interrogation des prisonniers appliquées aujourd’hui à Guantanamo, les nouveaux pays de l’ex bloc communiste réécrire une histoire nationaliste, et enfin des Etats (y-compris la Suisse) financer une “pédagogie” socio-constructiviste qui a pour effet d’enrégimenter les enfants dans un système médicalisé qui ne fait qu’augmenter le coût de la santé, etc.

On a constaté ce que les politiciens de l’Allemagne des années 30, la Russie soviétique et même la France républicaine, on fait pour transformer les évènements historiques en “honneur national” – où l’on fait l’éloge du meurtre et de la violence au nom d’une “liberté” qui a servi exclusivement au pouvoir personnel et à l’enrichissement de certains.

Le détournement de la recherche – la fraude – à des fins personnelles est donc une déviation qui n’épargne pas les démocraties. Les chercheurs sont encore trop souvent, en Occident, des “esprits captifs", engagés pour prouver une conclusion qui favorise des intérêts d’argent ou de pouvoir, au lieu de vérifier des hypothèses. Ces mêmes “travaux” qui seront remis aux parlementaires pour qu’ils votent obligeamment, ou à la presse pour convaincre la population. Entre certaines “thèses politiques” qui ne sont que des farces et les véritables études scientifiques, il y a un énorme écart avec toutes sortes de nuances entre deux. Un scientifique aujourd’hui, est donc trop souvent considéré comme un avocat: on exige de lui qu’il prouve à la “cour” que la thèse de son client est juste… et qu’il se taise sur ce qu’il sait et pense vraiment.

Mais d’où vient ce diktat? Comment les politiciens ont-ils réussi à transformer les chercheurs en vassaux prisonniers et dociles? Grâce au système de l’université et à son mythe de “dépositaire de tout le savoir", grâce au salaire vital qu’ils leur font verser et à leur appui indispensable dans les nominations des professeurs. On est en présence d’un chantage: il faut bien que le chercheur réponde au services rendus par d’autres services. Ce sera ici et là un “rapport” universitaire dont le but est de cautionner un projet politique. C’est toujours la vérité scientifique qui en fait les frais – mais aussi les droits humains des victimes de ces compromissions, voire de ces falsifications. Prison dorée pour les professeurs, jungle sans pitié pour les autres, telle est l’université d’aujourd’hui: une institution en décadence, inadaptée aux sociétés démocratiques d’aujourd’hui, peut-être (j’espère que non) obsolète.

C’est d’ailleurs un facteur important de la médiocrité universitaire et de l’émergence de pseudo-sciences “officielles", qui est une plaie de la culture occidentale : s’il faut gagner sa vie en vendant la vérité, inversément il devient de plus en plus difficile de gagner sa vie en recherchant la vérité. En d’autres termes les politiciens, s’ils ont les mains libres, tendent à placer des propagandistes et des avocats à la tête des universités. Les chercheurs dérangent, alors ils trouvent difficilement leur place dans les institutions étatiques et doivent vivre d’expédients, souvent de l’aide aux chômeurs. Normal: en cette époque obscurantiste, les politiciens préfèrent invariablement l’opinion aux faits.

Chercheurs en sciences humaines: les politiciens vous exploitent. Il faut réagir.

  Jeudi 15 Juin 06 12:24:22, par admin   , 734 mots, Catégories: Technologies, Culture et savoirs, Droits de l'homme, Universités ,

1 commentaire

Commentaire de: AF
AF

Je pense que les chercheurs en sciences humaines doivent collaborer avec les autres sciences, car celles-ci recoivent plus de crédit :
ma réaction = inderdisciplinarité !

AF

Vendredi 16 Juin 06 @ 13:22