« L'erreur des puissances colonialesLe Capitole est proche de la roche Tarpéienne »

Mouvements de progrès et défenseurs rétrogrades

Les mouvements d’idées ne sont en soi ni progressistes ni conservateurs. C’est plutôt une caractéristique des hommes.

Le christianisme fut au départ un formidable mouvement de réforme sociale au sein de l’Empire romain. Après sa chute, il fut en Occident la force première de reconstruction de l’ordre social, pendant un demi-millénaire.

Au XIII siècle, la redécouverte notamment d’Aristote par les savants européens, ainsi que l’échange culturel avec la science arabe, conduisit au développement de la scolastique et à un renouveau de la connaissance. On pourrait dire une chose semblable du protestantisme, qui a été à la base un moteur de développement grâce à la désintermédiation spirituelle qu’il a créée et la promotion de la diffusion des livres imprimés. Plus tard, Max Weber, soutiendra que le protestantisme a été un moteur de la création de l’économie moderne. De l’autre, des mouvements très conservateurs et prônant une interprétation littérale de la Bible ont vu le jour, notamment aux États-Unis.

Il en va de même hélas du mouvement des Lumières: jadis, au XVIIIe siècle, un mouvement formidablement progressiste qui a combattu pour la libération de la raison et le naturalisme scientifique. Aujourd’hui, ceux qui s’en réclament sont parfois des réactionnaires laïcistes, ou des tenants d’une métaphysique matérialiste obtuse, qui finissent par freiner le développement de la connaissance et combattre les perspectives sociales qui pourraient en résulter.

Alors s’il avait existé un sage errant, au XIIIe siècle il aurait été un scolastique et fondé une université. Au XVe il aurait été protestant ou catholique humaniste face à la scolastatique. Au XVI il aurait contribué à l’astronomie ou à la médecine face à l’Inquisition ou au conservatisme protestant. Au XVIIIe il aurait contribué à l’Encyclopédie et écrit en faveur de la liberté ou d’un nouveau contrat social. Au XIXe il aurait voulu favoriser l’accession de son pays à la justice et au bien-être, et il aurait peut-être contribué à créer une grammaire pour sa langue. Et ainsi de suite.Et ce sage errant aurait rendu grâce à chacun des grands mouvements de progrès de l’histoire européenne, tout en déplorant que chacun d’eux ait été plus tard dévoyé par des individus d’abord conservateurs, puis rétrogrades.

Car il est clair que si on avait projeté un de ces “scolastiques” conservateurs du XVIe siècle, vivant dans le confort de l’ordre établi, trois siècles dans le passé, il n’aurait pas manqué de rejoindre le parti au pouvoir. Pour ne pas dire que bien des zélotes du parti catholique du XVIe siècle auraient contribué à la persécution des chrétiens à l’époque de l’Empire romain, pour la même raison, c’est-à-dire la peur de la nouveauté. Les idées des créateurs de mouvements restent les idées; les gens qui les embrassent peuvent les colorer de plusieurs façons, jusqu’à en faire des idéologies rétrogrades… ou les revivifier pour leur donner un nouvel élan. N’en déplaise aux archi-conservateurs, en remontant aux origines des grands mouvements d’idées on risque de redécouvrir la formidable envie de changement et de progrès qui les ont accompagnés, et qui ont fait trembler ceux qui avaient jusque là vécu en profitant de l’ignorance de leurs semblables.

Et aujourd’hui, que ferait notre sage errant? Quelle voie choisirait-il?

  Dimanche 16 Mars 08 07:04:18, par admin   , 582 mots, Catégories: Religion, Science et connaissance ,

Commentaires en attente de modération

Ce post a 1 réaction en attente de modération...