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Démocratie : (1) Combien de républiques sont démocratiques?

On entend souvent dire qu’une démocratie doit se mesurer à la qualité de ses institutions. Cela semble raisonnable, or rien n’est plus faux. En vérité, c’est un contresens. En premier lieu il faut faire la différence entre les concepts de démocratie et de république.

Démocratie, étymologiquement, est en grec démos- le peuple et -cratia le gouvernement. C’est-à-dire que la base du système politique est la plus large possible, afin d’inclure tous les citoyens sans considération d’origine sociale, de richesse, de sexe, de race, d’opinion ou de croyance religieuse. Notre époque se focalise sur la prise de décision. Cela en fait partie, mais on ne devrait pas réduire la chose à cela. Il y a une autre composante essentielle, qui est le droit d’exprimer son opinion, voire son opposition et celui d’être entendu.

Lorsque des citoyens choisissent parmi eux ceux qui sont appelés à les représenter pour prendre les décisions, on parle aujourd’hui de république. Mais qu’on y prenne garde, on peut trouver de nombreux cas dans l’histoire (en fait, la majorité) de républiques qui n’ont pas été démocratique mais au contraire aristocratiques (limitant la citoyenneté à certes familles) ou censitaires (la limitant en fonction d’autres critères tels que l’argent ou la propriété foncière).

Inversément, une démocratie peut ne pas être républicaine, dans le sens que ses représentants peuvent se choisir parmi un cercle restreint de familles, voire une seule – comme la monarchie constitutionnelle anglaise.

Constatations simples, celles-là, mais que dire des États-Unis, où l’appartenance à une dynastie (Kennedy, Bush, Rockefeller, etc.) est un passeport pour accéder aux plus hautes charges de l’État? Peut-on encore parler de république démocratique? Et en France, où la plupart des présidents et des ministres se recrutent parmi les diplômés d’écoles qui pris ensemble ne forment qu’un pourcentage infime de la population? En France plus qu’ailleurs, un citoyen ordinaire n’a aucune chance d’accéder aux plus hautes charges de l’État, quels que soient ses mérites par ailleurs. C’est là, paradoxalement, le défaut de l’élection directe du Président au suffrage universel ou par la méthode américaine: car il faut être riche et appartenir à un clan puissant pour financer une campagne politique. C’est le privilège d’une caste qui est quasiment définie à la naissance, ou au plus tard à dix-huit ans pour la France, lorsque sont faits les choix d’études.

Le Président des États-Unis a beau jeu d’invoquer la démocratie, lui qui appartient à un clan aristocratique riche, blanc et protestant, qui a joué un rôle politique depuis plusieurs générations. Quand on entend ce mot dans sa bouche, il faudrait le traduire par république aristocratique où l’extraction sociale, l’argent et la famille jouent les rôles principaux et bien avant le mérite personnel!

Plus généralement, le système des partis, dans toutes les “démocraties” européennes, crée un filtrage des citoyens qui assure que seuls certains profils parviennent aux plus hauts sommets de la hiérarchie. Et sur ce point, il faut accorder le crédit aux gauches des différents pays d’avoir été ouverts dans l’acceptation de femmes ou de personnes appartenant à des minorités ethniques ou religieuses. Il y a des exceptions excellentes dans la droite: par exemple dans le cas de Margaret Thatcher en 1970 au poste de premier ministre de Grande-Bretagne. Toutefois, elle avait fréquenté la prestigieuse université féminine Sommerville d’Oxford. C’est donc plutôt une victoire des femmes de la grande bourgeoisie que du peuple en général.

  Vendredi 18 Janvier 08 00:28:41, par admin   , 615 mots, Catégories: Démocratie ,

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