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Démocratie (3): La participation des citoyens

En dernier ressort, ce qui compte est la participation des citoyens. Chaque fois qu’un mouvement de terrain arrive à plier une décision politique arbitraire, comme dernièrement à Genève dans le domaine des réformes scolaires, j’en tire un peu d’espoir. En d’autres termes, ce sont les groupes civiques et les interventions personnelles qui déterminent la démocratie. Les meilleures institutions du monde ne valent rien si elles ne sont pas constamment promues et défendues par leurs propres citoyens. Et, notamment, une constitution républicaine ne fera pas de l’Iraq une démocratie.

Les discours politiques que nous entendons sont très souvent aliénants, c’est-à-dire qu’ils poussent les citoyens à abandonner leurs droits et leurs prérogatives. Dernièrement, on entend parler de pouvoirs étendus accordés aux forces de police, qui vont au détriment des Droits de l’homme. Cette dernière mode succède à la précédente dont le but était d’instaurer l’État-providence, dont le but était de substituer à la notion de citoyen par celle d’administré en promettant la sécurité sociale à tous et de l’argent aux plus défavorisés. Toute cette idéologie se résume à une phrase que j’ai véritablement entendue de la part d’un fonctionnaire: n’aide pas qui veut. Citoyen, restez chez vous et n’essayez pas de participer à la société!

À ce jeu de la sécurité, sociale hier et policière aujourd’hui, et au remplacement du citoyen par le fonctionnaire (assistant social ou policier, qu’importe), c’est la démocratie qui perd.

Les politiciens doivent être divisés en deux catégories: non pas entre gauche et droite, mais entre ceux qui promeuvent la participation et la liberté des citoyens et ceux qui promeuvent un État détenteur exclusif du pouvoir. Dans la deuxième catégorie, les plus dangereux sont les personnalités “messianiques", qui se présentent comme sauveurs de la patrie et qui veulent qu’on dépose définitivement en eux tout le pouvoir de la société. Ces artistes de l’aliénation politique sont la matière dont on fait les dictateurs fascistes.

Face à cela, ce sont les mouvements civiques de terrain qui font la différence. Associations de quartier, groupes communaux, petites associations créées autour d’un projet, groupements professionnels, petits syndicats, c’est leur vitalité et leur force effective qui détermine la santé d’une démocratie. Suffisamment organisés et persévérants, ces groupes peuvent faire plier n’importe quelle tentative d’imposer des lois ou des politiques arbitraires. Une vie communautaire saine, et pugnace au besoin, est un des piliers de la société.

Même l’action individuelle compte. Si Durant ou Dupont ne se privait pas de faire retentir un coup de sifflet chaque fois que les règles démocratiques étaient violées, la politique fonctionnerait mieux. S’il prenait sa plume pour écrire chaque fois qu’il était contrarié, un faux pas de son maire ou de son député se solderait par des centaines de lettres. S’il écrivait aussi pour encourager ou proposer, il renforcerait la position de ceux qui le représentent effectivement.

On a tort de sous-estimer une intervention personnelle sous forme d’une lettre de lecteur, par exemple. Même si elle n’est pas publiée, il y a des chances qu’elle soit lue et qu’elle finisse dans un dossier… pour en sortir même des semaines plus tard sous forme d’objections (car la controverse est matière première des médias). Un fait avéré et bien présenté, une idée bien tournée peuvent agir comme une charge creuse dans un blindage: le premier impact peut sembler faible, mais l’arme continue sa route pour exploser à l’intérieur de la fortification adverse.

Parler entre citoyens des mérites de tel ou tel politicien n’a qu’une utilité limitée. Voter n’a d’utilité que quelques fois par an: quand on vote. Mais discuter tout au long de l’année des problèmes immédiats et de ce qu’il faut faire ou ne pas faire, telle est la substance de la démocratie. Les citoyens ne doivent pas se contenter de communiquer entre eux, mais communiquer très régulièrement avec leurs politiciens et leurs fonctionnaires.

…et ne pas manquer de faire savoir s’ils sont contents ou non de la façon dont leurs représentants agissent. Voilà qui devrait contribuer à faire régner un peu plus de discipline dans les hémicycles et dans les administrations.

  Vendredi 18 Janvier 08 01:45:15, par admin   , 740 mots, Catégories: Démocratie, Droits de l'homme ,

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