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La légalité, un des piliers historiques de l'Europe occidentale

Lorsqu’on observe l’histoire médiévale et moderne de l’Europe occidentale, on ne peut être que frappé par sa relative stabilité politique. Elle a certe compté de nombreuses guerres, mais cela ne ce compare pas du tout à l’histoire de l’Asie ou du Proche Orient, où presque chaque changement de souverain donnait lieu à des troubles sanglants. Comment cela se fait-il?

Il y avait manifestement, en Europe occidentale, un attachement des populations et de leurs dirigeants à un certain nombre de “principes politiques” dont l’importance a été considérable. Ces derniers ont été si présents dans tous les évènements, comme quelque chose “que tout le monde sait", qu’on en a oublié de les considérer comme remarquables – voire même de les considerer tout court.

Or ces principes ne sont pas homogènes, et ils sont parfois en opposition les uns avec les autres. En voici une liste sommaire (et peut-être incomplète):

  1. La féodalité, selon laquelle un fief est l’apanage d’un seul individu, transmis par héritage. Le droit de succession a joué un rôle central dans l’histoire européenne.
  2. La légalité, qui veut qu’il existe un contrat entre le souverain et ses sujets, qui se manifeste par toutes sortes de chartes accordées à des villes, des corporations, des régions, etc. Cette même légalité assurait l’assise des nombreuses républiques de notre continent (les communes italiennes avec en tête Venise et Gênes, les Cantons suisses, les Pays-Pas, la Pologne et, d’une certaine façon l’Empire romain germanique)
  3. La caution religieuse de l’Église de Rome, le droit divin qui déterminait en grande partie ce que l’on a appelé la légitimité. Dans les pays du Sud de l’Europe où l’Eglise avait elle-même des fiefs, ce principe se confondait en partie avec celui de la féodalité. Néanmoins, l’onction ou le couronnement par un haut prélat avait un poids non négligeable.
  4. Enfin la loi du plus fort, la force militaire et économique était aussi admise dans l’ordre des choses, en quelque sorte institutionnalisée. Il était reconnu, dans une certaine mesure, qu’un chef d’État pouvait violer la parole donnée s’il pouvait soutenir ses arguments au moyen de la force.

Beaucoup de grands évènements de notre histoire s’expliquent au moyen d’une crise d’un de ces quatre principes ou d’un déséquilibre entre eux: par exemple une réduction des franchises par un souverain, une remise en question de l’autorité des papes ou des grands évêques, une crise dynastique avec l’absence d’héritiers, ou encore une montée au pouvoir d’une puissance économique ou militaire (parfois sous l’effet d’union dynastiques).

Or si ces principes sont en réalité tous plus ou moins présents dans toute histoire de l’humanité, c’est leur équilibre qui fait l’originalité de l’Europe occidentale: de tous, le légalisme a toujours été le plus important. A tel point, d’ailleurs, que le principe féodal a eu beaucoup de mal à s’imposer face aux concepts germaniques de propriété foncière du haut moyen-âge. C’est aussi ce principe légal qui explique aussi pourquoi les monarques français (mais aussi anglais, castillans et aragonais) ont eu une histoire si difficile, avec le triple obstacle des parlements, des hauts seigneurs féodaux et de l’Église. Et pourquoi l’habeas corpus n’est pas un accident de l’histoire mais ce qu’on appellerait aujourd’hui une tendance lourde.

Le modèle que notre époque a retenu de l’Ancien régime (la monarchie absolue, avec son caractère de puissance arbitraire totale) ne reflète donc pas l’histoire au long terme du Continent, mais des stéréotypes datant des XVIIe et XVIIIe siècle, et de la Révolution française – qui s’appliquent souvent mal aux siècles qui précèdent. En premier lieu les monarques véritablement absolus furent la minorité et leur règne total fut bref (en France seulement trois rois ayant régné aux XVII et XVIIIe siècles: Louis XIII, Louis XIV et Louis XV). Cet absolutisme n’avait rien de prédestiné et l’on sait qu’il ne s’en est fallu que de peu que la balance ne penche dans un sens ou dans l’autre; dans l’Angleterre de cette époque, le Parlement avait fait décapiter son roi Charles 1er qui prétendait à ce même absolutisme. De même, si l’Aragon si légaliste finit par être incorporé à une monarchie castillane absolue, et ses Corts par être dissoutes en 1707, c’est un peu au hasard de péripéties où les mariages et les liens de parenté ont joué un grand rôle. Enfin, tous les rois d’Europe avaient tremblé devant la puissance pontificale, jusqu’au XVIe siècle. Ce n’est qu’avec la fin des guerres de religion en France et la déroute de l’Invicible Armada en 1588 que les rois ont pu véritabelment

Si l’Union Européenne a délibérément mit derrière elle les principes de la caution religieuse, la féodalité et la loi du plus fort, pour ne garder que le principe de la légalité, si elle se définit aujourd’hui un “espace d’espérance” attaché à l’État de droit, c’est que cette légalité a fait véritablement partie de sa susbtance et a été une aspiration profonde à travers les époques. Et ce jusque dans les âges les plus “obscurs” où cette partie du monde était dominée par les “barbares” Germains et les Slaves.

  Mercredi 16 Janvier 08 09:45:09, par admin   , 914 mots, Catégories: Europe ,

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