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"Réagir" à l'actualité: pourquoi faire?

Les blogs, ainsi que la presse en général, tâchent de “coller à l’actualité” et écrivent sur ce qui a déjà été rapporté par une agence, lu dans la presse, vu à la télévision ou entendu à la radio. Il faut bien vivre dans son temps et se garder au courant, mais que diable, nous ne sommes pas des chiens de Pavlov!

Réagir, est l’expression qu’on entend surtout. Si on réfléchit, c’est à propos d’une évènement qui vient de se produire. Si on réagit, c’est sur ce qui vient de se produire. A ce jeu, la Toile tend à devenir une énorme caisse de résonance où la proportion nouvelles originales qui circule est extrêmement faible en relation aux échos qui en découlent sous forme d’articles de presse, billets de blogues, messages de forums, etc.

Rares sont ceux qui prennent le temps de développer une vision continue, originale, qui ne soit pas déraillée perpétuellement par l’actualité! Cette forme de pensée éclatée, balkanisée, mosaïque aléatoire de petits fragments glânés à gauche et à droite ne laisse pas beaucoup de place à une réflexion en profondeur. A croire qu’on ne nous inonde de nouvelles et de publicités que pour nous garder dans un état de stupéfaction permanent… et nous empêcher de reprendre nos sens et de réfléchir.

Or c’est de cela qu’on a besoin. Après ce bombardement électronique, faire la somme, faire la synthèse. Garder le cap face aux bourrasques médiatiques, poursuivre sa pensée, savoir où veut arriver.

Car beaucoup de gens ne sont que des bouchons de liège qui flottent sans direction, ballottés par les caprices l’actualité. Je crois qu’il se développe un réflexe selon lequel nous devons toujours être attentifs, toujours faire attention à ne rien manquer. Mais dans l’ensemble, le risque de vraiment passer à côté de quelque chose d’important est pourtant infime. Ces tempêtes ne sont que virtuelles et n’ont, au fond, qu’une influence minime sur notre quotidien concret. Tout se passe dans la tête: il suffit de revoir l’actualité d’il y a un an pour se dire que quatre-vingt-dix pour cent de ce qui racontait alors n’avait aucun intérêt et que dans cinq ans, encore quatre-vingt-dix pour cent de ce qui reste aura sombré dans le néant. Un évènement “important” qui aura recouvert toutes les premières pages de la presse pendant un mois trouvera sa place dans les livres d’histoire sous forme d’une notice de trois lignes. Si on a vécu sur une île déserte pendant six mois et tout raté, il sera encore temps de lire une revue de l’année en deux pages juste avant Noël. On sera remis à niveau. Sic transit gloria mundi.

D’autant plus que ce qui est vraiment important n’est pas encore sur les manchettes de journaux et n’a pas encore commencé son mouvement de ricochet infini dans la Toile. Peut-être d’ailleurs que cela ne verra jamais le jour, tant que quelqu’un ne lance pas un premier pavé dans la mare. Car des informations importantes sont volontairement gardées sous le coude par des agences gouvernementales ou des entreprises privées; on ne les apprendra que plusieurs années plus tard.

Les nouvelles sensationnelles ne sont donc pas chez les agences de presse mais dans le monde réel. Parfois sous notre nez, parfois plus loin, ce qui nous demande d’émuler Sherlock Holmes et de connaître d’autres gens susceptibles de nous éclairer.

En bref: les médias d’information informent sur ce qui se raconte. Pour en savoir plus, il faut soit investiguer directement, soit lire des livres, soit trouver des sources originales dans des recoins inexplorés de la Toile (certaines ressources en ligne tels que les dictionnaires et les encyclopédies en ligne, ou les textes numérisés aident aussi beaucoup)… et fouiller les secteurs secondaires des librairies traditionnelles.

L’important n’est donc pas ce qui fait la une, mais ce qui est tu, ignoré, camouflé, caché, oublié, non-dit ou qui se cache derrière “ce que tout le monde sait". Ce que nous ne savons pas: là se trouve le scoop, le Saint-Graal de ce que nous voulons découvrir. La Toile n’est pas un livre mystique de la Connaissance, ce n’est qu’un réseau de communications qui dépend de ce qu’on y met.

La vérité est hors de la Toile. Tout ce que la Toile peut faire, c’est la véhiculer. A chaque internaute de faire en sorte que le cyber-espace soit autre chose qu’un miroir aux alouettes.

  Samedi 19 Janvier 08 05:35:02, par admin   , 782 mots, Catégories: Société, Science et connaissance ,

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